Par JONATHAN MWEMBO, Président national de Veritate fideles a.s.b.l, R.D du Congo
Mgr Schneider est évêque auxiliaire de l’archidiocèse d’Astana et l’une des voix autorisées dans l’Eglise en matière liturgique et de la défense de la doctrine ecclésiale dans la fidélité à la sainte tradition. Il y a de cela plus d’une décennie que cet auteur de haute envergure livrait à l’Eglise une de ses plus belles productions intellectuelles issues de ses profondes études et méditations spirituelles mais qui reste d’une brûlante actualité et gagnerait à être redécouverte par les catholiques contemporains.
Publié en Aout 2013 en italien, dans les éditions Libéria Editrice Vaticana, avec comme titre et sous-titre Corpus christi. La santa communione e il rinnovamento della Chiesa, cet ouvrage de Mgr Schneider est d’une pertinence incontestable. La traduction française, Corpus christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise, a été rendu publique l’année suivante, en juin 2014. Il est une nécessité pour un catholique d’exploiter le contenu de cet Opus, au vu des phénomènes sacrilèges et de l’irrévérence qui touchent le culte de l’Eucharistie de nos jours. Cette œuvre constitue une sonnette d’alarme pouvant nous servir de boussole pour contribuer à une véritable prise de conscience envers la sublimité de ce Sacrement dans notre contexte ecclésial marqué par une certaine banalisation du sacré, un relativisme des vérités à enseigner et des dogmes à défendre pour une liturgie sacro-sainte.
Rédigé dans un contexte de crise liturgique et doctrinale grave au sein de l’Eglise à l’ère postconciliaire, Mgr Schneider fait savoir que la dévotion et la ferveur envers le Christ a énormément baissé d’un cran dans le chef des fidèles, tant au sein du clergé qu’au niveau de la communauté laïque. Le culte eucharistique devient, d’après lui, le théâtre des actes qui traduisent une perte du sens du sacré et de la grandeur de Dieu. On observe de nos jours une forme de négligence dans la manière de traiter l’hostie consacrée. Par conséquent, ses réflexions nous avertissent qu’à long terme nous risquons d’arriver à une croyance en la présence réelle du Christ, dans les mystères de l’incarnation et de la transsubstantiation qui ne serait plus que théorique, folklorique et superficielle. Et puisque « l’Eucharistie est au centre de la vie de l’Eglise », le cœur de la crise actuelle profonde s’y trouve. Pour l’auteur, le seul remède aux blessures infligées au Christ Jésus dans l’Eucharistie se repère dans la restauration d’un culte digne de Lui.
Une crise dévotionnelle
Dans la préface de l’ouvrage, Son éminence Raymond Leo Cardinal Burke remet en lumière la piété séculaire des fidèles dans ce qui a été leur manière d’approcher la sainte Eucharistie. Il y avait une profonde révérence envers le Corps et le sang du Christ. Pour emprunter ses propos, « au long des siècles, les fidèles ont fait une génuflexion en arrivant devant le saint Sacrement et se sont agenouillés en adoration devant la présence réelle de Notre-Seigneur dans la sainte Eucharistie1». De plus, toucher l’eucharistie était un apanage et un droit exclusif des clercs, c’est-à-dire les prêtres et les diacres, sauf en cas d’exception. Une grande délicatesse se lisait dans la conduite envers le saint sacrément et les pasteurs savaient attirer l’attention des plus jeunes à travers les avertissements avant l’accès au service de l’autel. Le cardinal Burke y décrit surtout la communion des fidèles telle que pratiquée à l’époque de sa première communion le 13 mai 1956 : « La communion se recevait à la sainte Table, sur la langue et à genoux2», dira-t-il.
Cependant, après 1969 et avec l’avènement du novus ordo, l’ex congrégation romaine pour le culte divin et la discipline des sacrément, actuellement dicastère, autorisait en référence à un usage antique, la pratique de la Communion dans la main comme deuxième option à côté de la pratique, celle dite traditionnelle, avec l’ouverture au jugement des différentes conférences épiscopales3. Force est de constater que depuis l’établissement de cette forme de rite, la révérence et la dévotion dues au Saint sacrement ont considérablement diminué. Mgr Schneider traite cette pratique moderne de la communion dans la main comme une plaie profonde que continue de subir le Christ jusqu’à ce jour4.
En effet, en réaction contre cette entreprise du rétablissement de l’usage antique, et s’il faudra fouiller dans la Sainte Tradition de l’Eglise, Mgr Schneider considère qu’elle s’éloigne complètement de la pratique des premiers chrétiens dans l’Eglise primitive. La vie de nos ancêtres dans la foi et le culte, lors des premiers siècles de l’histoire de l’Eglise, étaient marquées par une forte ferveur sous la mouvance du Saint-Esprit. Quand bien même existait une communion dans la main, la profondeur et la délicatesse dans le rite demeuraient perceptibles. La communion dans la bouche, elle, remonte au sixième siècle, tandis que la forme traditionnelle, à genoux, telle qu’observée et vécu dans la messe tridentine remonte à l’époque scolastique. Lui-même en parle mieux encore dans ses propos.
Même lors des premiers siècles, lorsque le pain consacré était placé par le prêtre sur la paume de la main des femmes, les fidèles ne le touchaient jamais des doigts durant la liturgie. L’Esprit-Saint guidait l’Eglise et instruisait en profondeur sur la façon de traiter la sainte humanité du Christ durant la communion. Au VIe siècle, dans l’Eglise de Rome, la Sainte Hostie était déposée directement dans la bouche comme en témoigne une œuvre du pape Grégoire le Grand racontant un miracle de saint Agapet (Dialogues, livres III). Au moyen-âge, les fidèles commencèrent à recevoir le corps du Christ à genoux, dans une expression encore plus évidente d’adoration (cf. Saint Colomban, Regula coenobialis, 9)5.
Revenons sur la plaie dont parle l’évêque auxiliaire d’Astana. Comme indiqué ci-haut, cette plaie n’est ni plus ni moins que la pratique moderne de la communion dans la main. Selon lui, elle n’est pas sans conséquence sur la vie de l’Eglise.
Premièrement, il y a ce qu’il appelle un minimalisme surprenant en matière de gestes d’adoration et de respect6. Mgr Schneider fait remarquer que dans la réception de la communion dans la main telle qu’observée naguère, il y a absence totale des gestes et signes d’adoration de la part des fidèles. Deuxièmement, cette forme de communion voit les fidèles se nourrir à la manière d’un repas ordinaire. C’est-à-dire, l’on s’auto-communie en touchant soi-même l’hostie pour la porter directement dans la bouche, au point qu’on a comme l’impression d’une faible conscience de la présence réelle du Christ et qu’il s’agit simple symbole religieux. Troisièmement, une perte importante de parcelles de la Sainte Hostie7. Et quatrièmement, si on peut croire ses propos, l’avènement de cette pratique a aussi favorisé le phénomène du vol des hosties consacrées.
La communion indignement reçue et de manière inappropriée et dépourvue de vénération sont là les plaies causées à la personne du Christ notre sauveur et rédempteur. En ce sens, Mgr Schneider montre deux aspects qui l’indiquent précisément : l’intériorité et l’extériorité. Intérieurement, il s’agit des différentes communions sacrilèges des fidèles en Etat de péché mortel. Extérieurement, ce sont les attitudes extérieures inadéquates et désacralisant. Il s’agit concrètement et effectivement des moments où l’on reçoit le corps du Christ dans l’indifférence spirituelle, et partant, sans poser un geste extérieur de piété et d’adoration, sans se soucier des pertes des miettes ; des moments où l’on distribue le corps du Christ de manière précipitée telles des bonbons à partager aux enfants, sous prétexte de gagner du temps ; des moments où l’on a vu l’eucharistie être volé et profanée dans les églises.
Quelles solutions ?
Face à ce fléau, Mgr Schneider propose un retour à la communion traditionnelle dans nos églises paroissiales. C’est-à-dire la communion à genoux et directement à la bouche. Il faudra que les pasteurs conscientisent davantage les fidèles en organisant sérieusement et fréquemment des séances de catéchèses d’enfant, des adolescents et adultes sur l’enseignement intégral autour de l’eucharistie. De plus, il conviendra d’attirer l’attention des fidèles sur les conséquences d’un rite de communion négligé et rappeler que la communion moderne dans la main est une exception permise par Vatican II qui déroge à la règle ordinaire de la communion traditionnelle. Par ailleurs, l’évêque auxiliaire d’Astana évoque une mesure qui serait encore efficace et fructueux pour restaurer un culte digne au Christ-Eucharistique : l’observance, dans tous les diocèses du monde, d’une « journée de réparation annuelle des crimes contre la Sainte Eucharistie8», convaincu que « l’Esprit-Saint concédera des grâces spéciales pour le renouveau de l’Eglise de notre temps lorsque le corps eucharistique du Christ sera doté avec tous les honneurs dus à Sa divinité, quand il sera aimé, soigné et défendu réellement en tant que Très Saint 9».
Conclusion
En conclusion, douze ans après sa parution, Corpus Christi est un trésor nécessaire qui interpelle les chrétiens catholiques de nos jours. Parcourir tout cet ouvrage de Mgr Athanasius Schneider c’est revenir à une évidence qui est l’essentiel de notre foi dans la participation à la sainte messe : Le Christ est réellement présent dans l’Eucharistie. C’est à travers elle que s’actualise la merveille qui s’est produite au Golgotha où il se donne totalement aux hommes pour leur salut, comme le rappelle bien le cardinal Burke. Ainsi, face à l’immensité de ce don sacré et divin, un grand devoir cultuel s’impose au fidèle, au profit du droit de notre Seigneur plutôt qu’au notre.
Pourtant, les abus et manques de révérence engendrés par la normalisation de la communion moderne ont constitué une crise malheureuse et une plaie christique dans le chef des fidèles. Cette crise constatée nécessite une réponse pour la vaincre. Cette victoire se réalise que dans la vraie adoration au Très Saint Sacrément, surtout lors du rite de la communion. Nous devrions apprendre à nous mettre à genou, à reconnaitre notre petitesse devant le Seigneur et se laisser nourrir par le Christ, représenté par son prêtre qui agit in persona Christi. Et la communion traditionnelle, c’est-à-dire à genoux puis directement à la bouche exprime parfaitement cette attitude.
BIBLIOGRAPHIE
SCHNEIDER, A., Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise, Versailles, Editions Renaissance catholique/Contretemps, 2014.
1 Athanasius Schneider, Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise, Versailles, Editions Renaissance catholique/Contretemps, 2014, pp. 8-9.
2 Ibid.,p. 10.
3 Ibid., p. 47.
4 A. Schneider, Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise, p. 47.
5 Ibid., pp. 46-47.
6 Ibid., p. 47.
7 A. Schneider, Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise, p. 48.
8 A. Schneider, Corpus Christi. La communion dans la main au cœur de la crise de l’Eglise, p. 62.
9 Ibid., p. 62.
